Consensys a annoncé le 9 septembre 2026 sa scission en deux sociétés distinctes. La plus visible pour le grand public portera un nom que des millions d'utilisateurs connaissent déjà : MetaMask. Le wallet self-custody le plus utilisé sur Ethereum quitte le giron du groupe fondé par Joe Lubin pour devenir une entreprise autonome, tournée vers la finance grand public.
Deux sociétés, deux métiers
La séparation range les activités de Consensys dans deux entités aux objectifs opposés. D'un côté, MetaMask, issue de l'ancienne Consensys Software Inc. et dirigée par Joe Lubin comme président et directeur général. Elle se concentre sur la finance self-custody destinée aux particuliers : paiements, épargne et investissement.
De l'autre, une nouvelle société qui garde le nom Consensys. Elle regroupe l'infrastructure Ethereum et les outils pour les institutions, dont le réseau Linea et les clients Besu et Teku. Mike Kriak en prend la direction, David Cunningham la présidence, et Joe Lubin y reste président exécutif. La séparation doit être bouclée d'ici la fin 2026.
Selon les chiffres avancés par le groupe, MetaMask revendique plus de 100 millions de téléchargements dans environ 190 pays, et un volume de transactions cumulé chiffré en milliers de milliards de dollars. C'est cette base d'utilisateurs qui devient, du jour au lendemain, le cœur d'une entreprise indépendante.
MetaMask vise votre compte bancaire
Le choix du nom en dit long. MetaMask n'est plus présentée comme un simple wallet, mais comme une plateforme de finance grand public. Les mouvements récents vont tous dans ce sens. Début 2026, la société a lancé une carte de paiement adossée à Mastercard. En juin 2026, elle a ouvert un Money Account offrant un rendement de 4 pour cent sur son stablecoin mUSD.
Une carte, un compte rémunéré, un stablecoin maison : la liste ressemble à celle d'une néobanque. La différence tient au modèle self-custody. L'utilisateur garde ses clés, donc ses fonds, sans passer par un dépositaire. Pour beaucoup de particuliers français habitués à leur application bancaire, l'idée reste nouvelle et exige un vrai apprentissage.
Le silence sur l'introduction en bourse
Un sujet reste soigneusement évité : l'introduction en bourse et l'éventuel token MetaMask. Interrogé, le groupe est resté muet sur ces deux points, alors que le marché spécule depuis des mois. Une entité MetaMask indépendante et rentable serait un candidat naturel à une cotation, ou au lancement d'un jeton propre. Rien n'est confirmé.
Cette prudence contraste avec la clarté de la nouvelle structure. La scission sépare une activité grand public, facile à valoriser, d'une activité d'infrastructure plus technique. C'est exactement le découpage qu'un banquier d'affaires réaliserait avant une opération de marché.
Ce que cela change pour les utilisateurs français
Pour l'utilisateur français, l'application ne va pas changer du jour au lendemain. Les clés restent locales, les transactions aussi. Mais la direction est claire : MetaMask veut proposer une alternative self-custody aux services bancaires, carte et épargne comprises.
Reste la question réglementaire. Une carte de paiement et un stablecoin adressés au public européen tombent sous le régime MiCA et sous la surveillance des autorités locales. Avant d'utiliser ces produits, mieux vaut vérifier le statut de l'émetteur et comprendre le fonctionnement du self-custody et de la protection des clés. Les piratages DeFi de 2026 rappellent que la garde des clés reste le vrai point faible. Côté infrastructure, la nouvelle Consensys mise sur Linea, dans un contexte où les réseaux Layer 2 d'Ethereum peinent encore à capter de la valeur.
La scission clarifie une chose. MetaMask ne se voit plus comme un accessoire pour amateurs de DeFi, mais comme un service financier de masse. La suite dépendra de sa capacité à convaincre au-delà du cercle des initiés.