Demandez à n'importe quel investisseur français quel impôt il paiera sur ses plus-values crypto, et la réponse tombe sans hésiter : 30 %. C'est le chiffre que répètent les guides, les forums et la moitié des plateformes. Depuis le 1er janvier 2026, il est faux. La flat tax appliquée aux gains en cryptomonnaies est passée à 31,4 %, et le budget que le gouvernement doit dévoiler fin septembre pourrait la faire bouger une nouvelle fois.
Le détail paraît mince. Il ne l'est pas quand on regarde ce qu'il annonce.
Le taux affiché partout n'est plus le bon
Le prélèvement forfaitaire unique, la flat tax, reposait sur une addition simple : 12,8 % d'impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux, soit 30 % pile. Ce montant s'appliquait de la même façon aux dividendes, aux intérêts et aux plus-values de cessions d'actifs numériques. La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, adoptée en décembre 2025, a relevé la CSG de 1,4 point. Résultat : les prélèvements sociaux montent à 18,6 %, la part d'impôt sur le revenu ne bouge pas, et le total atteint 31,4 %.
Sur une plus-value de 10 000 euros, vous passez de 3 000 à 3 140 euros d'impôt. Cent quarante euros. Sur 100 000 euros de gains réalisés, l'écart devient 1 400 euros. Ce n'est pas une réforme de la fiscalité crypto, c'est un curseur social qu'on a poussé d'un cran, et les cryptomonnaies se trouvent embarquées avec l'ensemble des revenus du capital.
D'où vient le point et demi supplémentaire
La hausse ne vient pas de l'impôt sur le revenu, contrairement à ce que beaucoup imaginent. Elle vient entièrement de la CSG, la contribution sociale généralisée, qui grimpe de 9,2 à 10,6 % sur les revenus du patrimoine. Le reste de la structure est inchangé : la CRDS reste à 0,5 %, le prélèvement de solidarité à 7,5 %.
Cette mécanique compte pour la suite. Un gouvernement qui veut aller chercher de l'argent sur l'épargne n'a pas besoin de toucher à l'impôt sur le revenu, geste politiquement lourd et très visible. Il lui suffit de tourner la vis sociale. La flat tax crypto se retrouve indexée sur des arbitrages qui n'ont, au départ, rien à voir avec les actifs numériques : le financement de la dépendance, le trou de la Sécurité sociale, le vieillissement de la population. Vous détenez du bitcoin, vous financez indirectement ces postes dès que vous vendez.
Ce que le budget 2027 met sur la table
Le projet de loi de finances pour 2027, esquissé par Sébastien Lecornu, doit être présenté fin septembre 2026. Le Premier ministre le décrit comme un budget « réversible », un texte de première partie conçu pour être réécrit par le gouvernement issu des urnes. L'objectif affiché : ramener le déficit public à 4,9 % du PIB en 2027.
Lecornu promet « aucune hausse générale d'impôt ». La formule mérite qu'on la lise deux fois. Une surtaxe sur les grandes entreprises reste en discussion, visant environ 300 groupes qui réalisent plus de 1,5 milliard d'euros de chiffre d'affaires, pour un rendement estimé à 7,3 milliards en 2026. Le particulier n'est pas la cible directe. Mais 2026 a déjà montré comment une hausse peut arriver sans jamais s'appeler « hausse d'impôt » : elle passe par la CSG, par un point de prélèvement social ajouté ici ou là, et le taux qui s'affiche sur votre déclaration monte quand même.
C'est là que le détenteur de crypto doit garder un oeil ouvert. Un budget présenté comme neutre pour les ménages peut alourdir la fiscalité du capital par un canal détourné, exactement comme l'année précédente. Rien n'est voté à ce stade, et il serait prématuré d'annoncer un taux pour 2027. La trajectoire, elle, est lisible.
Ce que vous devez vérifier avant votre prochaine cession
Deux choses concrètes. D'abord, le taux : si votre outil de calcul, votre tableur ou votre plateforme applique encore 30 % à vos plus-values 2026, votre estimation d'impôt est sous-évaluée. Corrigez-la à 31,4 %. Ensuite, le calendrier : les cessions comptent au titre de l'année où elles ont lieu, et un arbitrage réalisé en décembre 2026 sera déclaré au printemps 2027 sous le régime en vigueur cette année-là.
Le régime de faveur reste par ailleurs identique sur un point souvent oublié : convertir une crypto en une autre n'est pas un fait générateur d'impôt en France. Seule une sortie vers une monnaie ayant cours légal, ou l'achat d'un bien, déclenche l'imposition. Cette règle n'a pas changé avec la CSG, et elle reste le principal levier de gestion pour qui veut piloter le moment de sa fiscalité plutôt que de la subir.
Le chiffre de la flat tax crypto à retenir n'est donc pas 30. Il est 31,4 pour l'année en cours, avec un budget 2027 encore ouvert et une méthode, celle du point de CSG discret, qui a fait ses preuves du point de vue de Bercy.