Un bon chiffre de l'emploi a fait chuter le bitcoin. Le rapport publié le 4 septembre montre 162 000 créations de postes aux États-Unis en août, soit environ trois fois la prévision des économistes, proche de 53 000. Dans les heures qui ont suivi, le bitcoin a perdu près de 3 pour cent et il est repassé sous les 80 000 dollars. Le 5 septembre, il touchait brièvement 80 120 dollars avant de refluer autour de 79 800 dollars.
La logique paraît contre-intuitive. Une économie solide devrait rassurer les marchés. Mais pour les actifs risqués, ce qui compte n'est pas la santé de l'emploi, c'est la trajectoire des taux d'intérêt. Un marché du travail vigoureux retire à la Réserve fédérale toute raison d'assouplir vite. Les paris sur une baisse se sont donc effacés, et la probabilité d'une hausse est remontée autour de 58 pour cent, contre un peu moins de 50 pour cent la veille.
Le chiffre ne fait pas le mouvement, le récit des taux le fait
Les données historiques relativisent l'épisode. Une étude de CoinDesk portant sur six ans de séances montre que le rapport mensuel sur l'emploi n'est, en temps normal, pas un grand moteur du prix du bitcoin. Si celui de septembre a autant compté, c'est parce qu'il a inversé le scénario dominant. Les investisseurs attendaient un cycle de baisses de taux. Ils doivent désormais envisager le contraire.
Le positionnement a payé la facture. Après la publication, environ 278 millions de dollars de positions à effet de levier ont été liquidées sur le marché des dérivés. Fait notable, 86 pour cent de ces liquidations concernaient des positions acheteuses. Autrement dit, la plupart des traders étaient placés pour une détente monétaire et une hausse des cours. Le réajustement a été net. Ce genre de secousse rappelle celle déjà observée lors des liquidations en cascade déclenchées par le pétrole.
La demande institutionnelle ne faiblit pas
Le vrai paradoxe est ailleurs. Pendant que le prix reculait, les fonds indiciels cotés continuaient d'absorber du bitcoin. Sur la semaine, les ETF au comptant ont enregistré près de 987 millions de dollars d'entrées nettes, portées par la seule journée du 3 septembre. Ce contraste entre un prix qui baisse et des flux entrants soutenus vers les ETF traduit une divergence connue. La demande longue des gestionnaires ne réagit pas aux mêmes signaux que le trading à court terme.
Les rendez-vous qui vont trancher
Deux dates encadrent la suite. L'indice des prix à la consommation américain paraît le 11 septembre. La réunion de la Réserve fédérale se tient les 15 et 16 septembre. D'ici là, le bitcoin évolue dans une fourchette étroite, avec un support autour de 78 400 dollars et une résistance vers 81 000 dollars. Savoir si le bitcoin restera sous les 80 000 dollars avant la Fed dépend moins des cryptos que des chiffres macroéconomiques. Le marché a cessé de parier sur la baisse. Il attend maintenant la confirmation, ou le démenti, de la banque centrale.